La question que je me suis posée pendant 2 ans en me lançant. Voici la méthode que j'utilise maintenant — avec les calculs exacts, sans langue de bois.

Il y a deux erreurs classiques : se brader pour "avoir des clients" (vous attirez des mauvais clients et vous épuisez pour rien), ou fixer un tarif au hasard "dans la moyenne" sans savoir si ce chiffre vous permet de vivre. Les deux mènent au même endroit : la fatigue et les doutes.

La solution : partir de vos charges et de votre objectif de revenu, et calculer le tarif qui en découle. Puis vérifier que ce tarif est cohérent avec le marché. Pas l'inverse.

Étape 1 : calculer votre seuil de survie

Commencez par lister ce que vous devez gagner pour vivre. En France, pour un autoentrepreneur, il faut distinguer le chiffre d'affaires (ce que vous facturez) du revenu net (ce que vous touchez après charges).

Exemple pour une activité de service (prestataire intellectuel) en micro-entreprise :

Exemple de calcul — Webmaster/Designer

Revenu net mensuel visé2 500 €
Charges sociales micro (22% environ)+ 700 €
CFE annuelle + frais pro divisés par 12+ 150 €
Congés, jours non facturés (15%)+ 510 €
CA mensuel minimum nécessaire≈ 3 860 €

Avec 18 jours facturables par mois (en retirant les congés, la prospection, l'admin), ça donne un TJM minimum de ~215 €/jour. Pour viser 3 000 € net, le TJM monte à ~290 €/jour.

Étape 2 : penser par prestation, pas par heure

Une fois votre TJM calculé, vous pouvez construire vos tarifs à la prestation. C'est beaucoup plus commercial que de facturer à l'heure — et ça vous protège si vous travaillez vite.

Pour une prestation, estimez le temps réel total (et soyez honnête — incluez les allers-retours client, les corrections, l'admin) et multipliez par votre TJM journalier divisé par 8.

Exemple : une charte graphique complète = environ 5-6 jours de travail réel. À 300€/jour, ça donne 1 500 à 1 800 €. Je la propose à 790 € — c'est mon choix de positionnement : accessible mais pas bradé, avec le volume de clients qui compense.

Étape 3 : vérifier le marché

Une fois votre tarif calculé, comparez avec le marché — mais de façon intelligente. Cherchez des freelances avec votre niveau d'expérience, votre spécialité, votre zone géographique. Ne vous comparez pas aux agences (positionnement différent) ni aux débutants qui travaillent à 15€/heure (ce n'est pas votre concurrence).

Si votre tarif calculé est bien en dessous du marché : bonne nouvelle, vous avez de la marge pour augmenter. Si votre tarif est bien au-dessus : soit vous êtes sur un créneau premium (assumez-le), soit vous avez besoin d'optimiser vos processus pour être plus rapide.

Étape 4 : assumer son prix en appel client

Le prix que vous annoncez doit être dit clairement, sans hésitation, sans vous excuser. Deux règles pratiques :

  • Annoncez toujours votre tarif après avoir posé des questions sur le projet — pas avant. Vous vendez de la valeur, pas un tarif catalogue.
  • Si quelqu'un négocie, ne baissez pas votre prix — réduisez le périmètre. "Pour ce budget, voici ce que je peux faire." C'est honnête et ça tient votre valeur.

Et si quelqu'un vous dit que vous êtes trop cher ? C'est probablement qu'ils ne sont pas votre client cible. Un client qui a compris votre valeur ne marchande pas — il évalue si ça rentre dans son budget.

Dernier conseil — Révisez vos tarifs au moins une fois par an. Avec l'expérience, vous travaillez plus vite et mieux : facturer le même prix qu'il y a 2 ans, c'est en fait se brader. Une augmentation de 10-15% par an est normale et attendue.